Rue des Renards, suite

Les riverains de la rue des Renards souhaitent une rénovation douce de l’arrière maison du n°15, contrairement au projet de démolition-reconstruction voulu par la Régie foncière de la Ville de Bruxelles, qui leur annonce 2 ans de chantier infernal. Ils étaient nombreux à l’exprimer le 13 novembre 2018 lors de la Commission de Concertation, laquelle a malgré tout émis un avis positif sous certaines conditions. Le permis d’urbanisme pourrait donc être prochainement délivré. Mais à quel prix pour le quartier ?

Certains fonctionnaires, payés par nos taxes et nos impôts, semblent n’avoir cure de nos réels besoins même quand leurs choix impactent profondément nos vies. Si la loi convie les citoyens à la “Commission de Concertation”, lieu où ils peuvent émettre leurs remarques, cette commission est-elle concertante ?

Sortis dubitatifs de cette “concertation”, les riverains n’en sont pas pour autant démunis. Dans un premier temps, ils ont écrit au cabinet de Mohamed Ouriaghli, Échevin en charge de la Régie foncière, pour obtenir un rendez-vous ; demande restée sans réponse à ce jour. Des commerçants ont dès lors contacté Fabian Maingain, le nouvel Échevin des Affaires économiques, qui est venu les rencontrer à deux reprises, se disant conscient du problème et soucieux de trouver une solution. Mais encore faudrait-il que la Régie foncière accepte de revoir sa copie… Ce qui ne semble pas être à l’ordre du jour, si l’on en croit la réponse adressée par celle-ci à l’Union des locataires marollienne (ULM), une association basée rue des Renards et qui, suite à une visite du n°15 par une architecte, lui avait écrit qu’elle n’estimait pas inéluctable le scénario de la démolition.

Récemment, les riverains de cette rue ont donc écrit à l’ensemble du Collège des Bourgmestre et Échevins, exprimant leurs doutes sur la nécessité d’un chantier si lourd et leurs inquiétudes “pour l’avenir de notre rue, la tranquillité de ceux qui l’habitent et la survie de la vingtaine de commerces qui la font vivre”. Conscients qu’ils seraient tous profondément affectés par les nuisances inhérentes à ce projet (“bruits et vibrations quotidiens, poussière, boue, risque de fissures dans les immeubles voisins, obstruction du passage, etc.”), ils rappellent que “la rue des Renards est une ruelle piétonne particulièrement étroite” et que “mener de tels travaux à cet endroit obligerait les entrepreneurs à installer les engins de chantier et à procéder à la livraison et à l’évacuation des matériaux en plein milieu de la rue, ce qui mènerait immanquablement à la bloquer pendant des mois”. Ils n’ont pas oublié l’enfer vécu lors des chantiers, qui se succèdent à un rythme particulièrement effréné ces dernières années (1), et notamment ceux de la bibliothèque et du Centre culturel Bruegel, “empêchant par périodes le passage des PMR et des cyclistes, des classes d’écoles, des personnes avec caddies ou poussettes, mais aussi des véhicules de pompiers, de livraison ou de ramassage des poubelles…” À tout cela s’ajoute le spectre redoutable de “l’embellissement” de la rue, prévu dans le cadre du Contrat de quartier durable (2) et lui aussi annonciateur d’un conséquent chantier.

Les commerçants ne cachent pas leurs craintes de faillites occasionnées par les nuisances que ces travaux provoqueraient. “Nous ne voulons pas nous opposer par principe à tout nouveau chantier, mais nous pensons qu’il est dans l’intérêt de tous d’éviter l’asphyxie de la rue des Renards. […] Surtout, nous pensons qu’une rénovation douce pourrait être privilégiée à la place d’une démolition-reconstruction lourde qui serait bien plus impactante pour le tissu social, humain, commercial et urbain environnant.” La balle est dans le camp de la Ville de Bruxelles.

• Nicole

  1. Lire “La rue des Renards refuse l’asphyxie” dans le n°5 du Pavé :
    http://www.pave-marolles.be/la-rue-des-renards-refuse-lasphyxie/
  2. Lire “Réaménager 6 rues, plutôt qu’en entretenir 25 ?” dans ce numéro.

Le 15, rue des Renards

« Quand j’ai vu l’annonce de la Régie foncière, proposant la location du rez-de-chaussée 15, rue des Renards et que j’ai visité l’espace avec mes collègues : c’était le lieu idéal », raconte le créateur de Calaveras.

Pour rappel, ce rez-de-chaussée était resté inaccessible au public pendant les 9 années où il était mis à disposition gratuitement d’une association qui le sous-louait illégalement à une autre, avant de rester inoccupé pendant plus d’un an. Il était lié à l’appartement du premier étage, dont la Régie foncière a mis dehors le locataire sans jamais le remettre en location par la suite. Une curieuse politique de vide locatif, doublée d’un manque d’entretien des lieux dont la Régie semble coutumière dans certains de ses biens.

L’espace est composé d’un magasin côté rue, d’un bureau côté cour et d’une toilette extérieure. Calaveras (commerce spécialisé dans les arts graphiques belges et mexicains) s’y installe côté rue, et Studio Dirk (collectif de graphistes) dans le bureau côté cour. L’état des lieux est assez mauvais, mais par un accord conclu avec la Régie foncière et avec l’aide d’Opensoon (Atrium), l’équipe rénove complètement l’électricité, le plafonnage et place de nouveaux châssis.

Doté d’un bail commercial en bonne et due forme, signé avec la Régie foncière et validé par le collège des Bourgmestre et Échevins de la Ville de Bruxelles, Calaveras et Studio Dirk ouvrent leurs portes en décembre 2016. La Régie foncière les a avertis : dans un laps de temps de 2 à 3 ans, des travaux de rénovation seront réalisés dans le reste de la maison, mais, à part les inconvénients inhérents aux travaux, on leur promet que leurs activités pourront continuer.

L’équipe sympathise avec habitants et commerçants. L’année 2018 se passe plutôt bien et début novembre, la célébration du “Día de Muertos”  organisée en collaboration avec le Centre Culturel Bruegel, est un franc succès.

Cette réussite est ternie par une affiche rouge placardée sur la vitre du magasin, juste avant les vacances de Toussaint, les informant qu’un permis est demandé par la Régie Foncière, demandant des dérogations urbanistiques et souhaitant abattre une partie de la maison. Sur les plans d’urbanisme, ils découvrent que des travaux sont également prévus dans le magasin et que le Studio Dirk disparait (des plans modificatifs seraient en cours). C’est par cette affiche rouge que les autres locataires de cette maison apprennent qu’il faudrait penser à partir.

• Nicole

Une pensée sur “Rue des Renards, suite

  • 18 mars 2019 à 16 h 58 min
    Permalink

    En plus, on ne se trouve pas n’importe où du point de vue du patrimoine. Derrière les crépis, se trouvent peut-être des maisons bien plus anciennes qu’il n’y parait. nous refait-on le coup de la destruction à la manière de la rue de la samaritaine?

    Marco Schmitt

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