Lieve et les potelets des Renards

Dans le quartier, certains la surnommaient « Madame Potelet » parce qu’elle s’appelait Lieve Polet et qu’elle avait initié la piétonnisation de la rue des Renards, où chaque jour dès 11h des potelets empêchent la circulation automobile. C’était un effort quotidien de faire respecter ce statut de voirie sans voitures, et elle y avait mis du sien. C’est en 1993, après avoir été coordinatrice du centre communautaire Ten Noey à Saint-Josse, qu’elle a ouvert Het Warm Water (‘t Werm Woeter en Brusseleir, L’Eau chaude en français) dans cette ruelle. Elle s’occupa pendant une petite vingtaine d’années de ce café-resto marollien qui devint célèbre par son mélange de produits sains et de formules de petits déjeuners inspirés du fameux frühstück allemand, agrémentés de touches bruxelloises. Entre mueslis spéciaux, gâteaux et autres plats salés, il s’y tenait chaque dimanche un cabaret politique en brusseleir : ‘t Crejateef Complot Zonder Complekse. Bonne vivante, Lieve avait un caractère en acier trempé. Elle mélangeait pragmatisme et idéalisme, dureté et douceur, sérieux et drôlerie. Militante pour le climat et l’environnement, elle avait revendu L’Eau Chaude et menait depuis 2011 une retraite active, notamment au sein du Repair Café de Schaerbeek et d’une communauté d’échange local. Elle qui était cycliste de toujours, a terminé sa belle vie l’été dernier dans un stupide et dramatique accident de la route à Neder-Over-Heembeek, là où elle a grandi et où elle partageait encore un jardin potager. Dans la rue des Renards, les potelets sont toujours là et Lieve a marqué les mémoires.