Rue de l’Éventail : des habitants dans une impasse ?

Il y a près de 10 mois, la rue de l’Eventail était encore une petite ruelle qui faisait la jonction entre la rue Haute et celle des Minimes, permettant à tout Marollien assidu et attentif de prendre un raccourci bien mérité pour se rendre aux ascenseurs, en évitant soigneusement les hordes de touristes qui assiègent la rue Haute tous les week-ends. Mais cette toute petite rue était aussi un passage utile pour tous les habitants des immeubles sociaux à l’arrière, qui n’étaient ni exclus symboliquement de la vie de quartier, ni n’avaient besoin de faire un long détour pour passer 5 minutes dans les différents commerces aux alentours.

Et puis un jour, à notre grande surprise, la porte-barrière – dont le mécanisme censé la verrouiller automatiquement tous les soirs après 22h, avait depuis longtemps été vandalisé – fut de nombreuses fois condamnée (chaînes, cadenas, colsons) pour d’obscures raisons. La rumeur qui circulait, disait que le petit couloir d’escaliers qui menait aux immeubles sociaux se transformait régulièrement en toilettes à ciel ouvert et que le ras le bol de cette saleté incessante avait pris le dessus. Pendant de longues semaines la porte-barrière se retrouvait ainsi fermée (à notre grand dam) puis ouverte, puis fermée, puis ouverte ; les uns côté Minimes bataillant pour la fermer, sans doute, les autres côté rue Haute, pour l’ouvrir, sans doute. Jusqu’au jour où – courant novembre 2017 – descendant le raccourci pour rejoindre mon chez-moi, je me retrouve face à cette porte soudée et bel et bien fermée ad vitam aeternam.

Aucun communiqué officiel ne fut fait. Encore aujourd’hui des personnes descendent candides vers cette porte et se retrouvent bêtes face à cette soudure qui la condamne, obligés désormais de faire un détour de près de 10 minutes. Pour un jeune c’est facile, pour une personne âgée c’est autre chose. Plus dangereux encore, cette porte surmontée de picots pourrait être la cause d’accidents graves pour les jeunes escaladant régulièrement cette barrière, pour contourner la fermeture désormais définitive. Quant au problème de toilettes à l’air libre, il ne s’est pas amélioré; la rue de L’Eventail est désormais devenue une impasse où l’on surprend régulièrement des personnes qui, sans gêne, se soulagent dans ses recoins. Quitter son domicile relève du parcours d’obstacles entre les ruisseaux de pisse et les déjections canines. Pareil pour le couloir d’escalier où s’amoncèlent de jour à jour saletés humaines ou animales et où l’odeur pestilentielle est, parfois, masquée par les pluies de Printemps.

Sans doute aurait-il fallu réparer depuis longtemps le mécanisme de fermeture automatique de la porte. Sans doute aurait-il fallu entrevoir l’architecture de cette escalier autrement. Pourquoi en faire un long couloir sinueux empli de recoins cachés, presque coupe-gorge? Alors qu’une grande rampe large, bien dégagée à ciel ouvert, est peu propice aux envies pressantes. Ah ! Les mystères insondables des projets urbanistiques!

Là cet après-midi, alors que je rentre d’une course, je surprends encore un homme de dos qui fait mine de ne pas entendre mon « Ça va? Pas gêné?! ». La goutte – sans vouloir faire de jeux de mots – déborde du vase, la porte est toujours soudée et les visages souriants de la nouvelle fresque qui orne les murs de « l’impasse » de l’Eventail ne masquent pas l’odeur de pisse.

• Sarah

(Dessin : Camille Burckel)

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