Quand “Musée” devient “Fusée”…

Quand Andréa Copetti, responsable de la librairie spécialisée « Tipi Bookshop » à Saint-Gilles,  reçoit le sms suivant de Vincen Beeckman, son sang ne fait qu’un tour… « Le musée de la photographie de Bruxelles est mort. Devant la pression de la justice et le fait que Recyclart n’a pas les moyens de se permettre un procès coûteux, nous nous inclinons. Merci à tous pour l’énergie dans ce projet. » 

Nous sommes alors le 15 novembre 2017.

Depuis le 29 juin 2017, l’asbl Recyclart, pour laquelle travaille le photographe Vincen Beeckman, propose une exposition itinérante… 100 boîtes en bois (fabriquées, soi dit en passant, par l’atelier bois de Recyclart) contenant chacune comme une surprise… quelques photographies d’un photographe belge, connu, moins connu, voire inconnu… Photos que le public peut découvrir dans les divers lieux qui ouvrent leurs portes à la collection (au Centre d’art contemporain Wiels, dans les rues de Bruxelles, et à la Koninklijke Academie d’Anvers, entre autres…)… Chacun, chacune a le loisir d’ouvrir une ou plusieurs boîtes bien tranquillement et de découvrir en solo ce qu’elles contiennent…
L’asbl et Vincen ont appelé cette collection et cette démarche itinérante…  « Musée de la Photographie de Bruxelles / Museum van de Fotografie van Brussel ».

Bon, direz-vous… et alors ? Drôle d’idée… un musée nomade… mais pourquoi pas ?

Dans les Marolles, on connaît bien Recyclart, et encore mieux Vincen (qui a notamment tiré le portrait de pas mal d’opposants au parking sous la place du Jeu de balle avec sa drôle de machine roulante, lors de la fête d’anniversaire du marché organisée en mars 2014). Le fait qu’ils se définissent comme un « musée » prête à sourire… pas à se fâcher…

Et pourtant, dès l’ouverture, le « Musée de la Photographie, Charleroi » réagit avec un courrier officiel pour s’opposer à l’utilisation du titre « Musée de la Photographie ». « Nous, les photographes présents ce 29 juin, mais aussi le public présent, sommes amusés par la manœuvre : l’institution qu’est le ‘Musée de la Photographie, Charleroi’ serait-elle inquiétée par une initiative créative d’une envergure aussi limitée?… »

Voilà, entre autres choses, ce qu’écrira Andrea dans la lettre ouverte qu’il co-signera un peu plus tard, en novembre, avec 958 personnes (dont beaucoup de photographes et de commissaires d’exposition) en réaction à l’attitude choisie par ceux qui sont responsables d’un « vrai » musée de la photographie.

En effet, les choses n’en sont pas restées là… et c’est sur le mode judiciaire que le « Musée de la Photographie, Charleroi » a décidé d’attaquer. De leur part sans la moindre note d’humour. En effet, leurs avocats ont exigé 500 euros d’amende à chaque utilisation du nom, à chaque communication à son propos, à chaque publication (Instagram, Agenda, Facebook).

Quelle décision prendra alors Recyclart ? « Ne disposant pas de cette somme, ou du moins souhaitant l’affecter à d’autres projets, plus constructifs que de s’acheter le droit de montrer leur collection alternative, pour ne pas dire de se voir accorder le droit de la montrer… » La décision prise est d’abandonner le nom « Musée de la Photographie de Bruxelles/Museum van de Fotographie van Brussel ».

Pourtant les arguments ne manquent pas pour persévérer malgré les menaces d’astreinte du « Musée de la Photographie, Charleroi », ce que rappelle aussi Andrea dans sa lettre ouverte de novembre : « Le Musée de la Photographie Charleroi ne peut apporter aucune preuve de perte financière liée au projet de Recyclart. Ce n’est pas un plagiat, ce n’est pas du vol. Il s’agit juste de l’utilisation d’une appellation. L’utilisation de l’appellation Musée pour un projet artistique n’est pas neuve, cependant, dans l’histoire de l’art. L’artiste surréaliste Marcel Broodthaers en a fait usage pendant les quatre ans d’existence de son Musée d’Art Moderne, Département des Aigles, dans son propre salon. Le galeriste Ronny Van de Velde et sa fille Sofie ont monté l’exposition Museum on Scale. Le Musée Royal des Beaux-Arts de Bruxelles n’a pas menacé d’envoyer une batterie d’avocats. Au contraire, il a présenté ce projet dans ses murs… »

Sans oublier de rappeler aussi que ces menaces émanent « d’une institution qui se fixe comme objectif de permettre à chacun de développer son sens critique, de s’ouvrir à la créativité photographique et qui promeut les initiatives qui favorisent les regards multiples pour une approche stimulante et sans cesse renouvelée de la photographie… […] Pour autant que ça se passe dans son cadre ? », demande alors Andrea avec une pointe de malice.

Je ne sais pas qui a eu alors l’idée toute simple de transformer l’intitulé en « Fusée de la  Motographie ». En tout cas, le Musée n’a plus rien à y redire. Mon petit doigt me dit que l’argent que ses avocats réclamaient sera certainement mieux dépensé par les responsables de Recyclart que par les responsables du Musée…

Un seul souhait… Longue vie en 2018, et toutes les années suivantes, au « Fusée de la Motographie », à Vincen et à Recyclart.

• Laurette

Voir la vidéo réalisée par Andréa Copetti

 

 

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