« Participez », qu’elles (et ils) disaient !

Mais qu’est-ce que je croyais en me rendant au Palais du Vin le 17 avril 2018 ?

Ce soir-là, Clémentine Barzin (la nouvelle échevine de la Participation citoyenne et de la Revitalisation urbaine) et Nicole Vanderhaeghe (responsable de la Cellule des actions de revitalisation de la Ville de Bruxelles) nous recevaient, nous, habitant(e)s et associations des Marolles.

Clémentine Barzin, perdue dans ses papiers, nous assurait de son amour inconditionnel pour les Marolles et insistait : « la participation citoyenne est ma priorité ». Une déclaration de foi somme toute prévisible pour une échevine de la Participation citoyenne, dont la nomination nous avait fait écrire, en janvier dernier : « On ne devrait pas tarder à l’entendre parler de son amour des Marolles et de ses convictions fortes en termes de participation. »

Quant à Nicole Vanderhaeghe, elle ne tarissait pas d’éloges : les habitant(e)s et les membres des associations avaient fait un travail remarquable et remarqué en élaborant et en défendant leurs remarques et critiques lors de l’enquête publique sur le Contrat de quartier.

Habitant(e)s et membres d’associations, nous partageons quotidiennement la vitalité, l’économie, la culture, l’animosité, la convivialité, la mixité des Marolles. C’est en experts de ce lieu que nous vérifions si les changements proposés correspondent à l’annonce : « un programme pour les Marolliens ». Et c’est en tant que participant(e)s aux dynamiques spécifiques entre habitant(e)s et associations qu’ensemble, nous analysons, écrivons et disons nos avis sur les choix de ce projet dit durable qui, nous le craignons, peut anéantir les qualités inhérentes à notre quartier.

Ce n’est pas pour recevoir des louanges que je me suis rendue au Palais du Vin le 17 avril, mais pour m’assurer que les choix, les arguments qu’allaient proposer Clémentine Barzin et Nicole Vanderhaeghe au Collège de la Ville de Bruxelles, tiendraient compte de nos propositions. Je suis repartie avec mes craintes car sur les préoccupations citoyennes, elles ne dirent mot. Je me suis sentie bernée, méprisée en constatant qu’elles et ils n’ont jamais eu l’intention de prendre en considération nos points de vue. Je m’attendais à un échange, à un signe que la parole prise haut et fort par certains d’entre nous, les élu(e)s l’avaient entendue et peut-être écoutée. La participation citoyenne n’est que décorative. Les élu(e)s l’ont écrit dans la loi.

Prix de consolation, un hochet est lancé aux braves citoyen(ne)s qu’elles et ils voudraient que nous soyons : « Avec 200.000€, que feriez-vous pour votre quartier ? », est-il écrit sur la publicité signée David Weytsman. En fait, les 200.000 €, ce n’est pas pour « mon quartier » mais pour six quartiers de Bruxelles.

Et de poursuivre : « Les temps changent. Construire la Ville ne se fait plus à huis clos entre politiques, administration et experts, mais bien avec vous, les habitants. » Sur la communication publicitaire de Clémentine Barzin reçue plus tard, je lis: « La participation citoyenne est ma priorité. La Ville de Bruxelles a dégagé un important budget participatif, ce qui apporte une plus grande transparence de l’action politique. Il permet d’impliquer les habitants, le monde associatif et les acteurs privés dans l’affectation d’une partie du budget de la Ville. » (« Acteurs privés » ? Argent public vers acteurs privés ?)

Parmi ces déclarations tape-à-l’œil, je cherche la place réelle du citoyen. D’autant que, malgré la demande expresse des habitant(e)s que l’attribution de cet « important budget participatif » soit effectuée par un jury citoyen, la Ville a opté pour un vote en ligne. Ainsi, nos édiles gardent un œil sur la sélection des projets et peuvent poursuivre leur politique clientéliste.

Je pense aux élections prochaines, à ces humains installés à vie en politique dont les visages placardés nous souriront aux quatre coins de la cité, prêts à rester à l’écoute des citoyen(ne)s. Une fois élu(e)s, elles et ils légiféreront pour restreindre les libertés et seront capables de tout pour assurer leur réélection.

Nicole

(Dessin : Camille Burckel)

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