Marie-Jeanne

Des rêves d’enfant empêchés, ressurgissent parfois.Il suffit de vouloir !

En 1952, les parents Falisse quittent leur fermette des environs de Charleroi et s’orientent vers Bruxelles où, alors qu’ils ne sont pas encore installés, Marie-Jeanne voit le jour à l’hôpital Saint-Elisabeth à Uccle.

“Mon père, ingénieur civil, n’a jamais supporté de chef”. Touche à tout, il exerce toutes sortes de professions et, en 1950, commence la brocante en s’approchant des Marolles où la famille s’installe. “Sur la place du Jeu de Balle, les anciens se souviennent encore de lui, Pierrot le Rouchale, Gros Pierrot”. Il établit son entrepôt à l’endroit de l’actuel hôtel Galia et son emplacement devant l’ancien café Chez Marcel. “Dès qu’on savait marcher, avec mes frères et sœurs, nous nous retrouvions sur la place. Mon emplacement, c’était la mercerie.”

Première d’une fratrie de sept enfants, elle regrette d’être l’aînée, même de ses cousins et cousines, et pour supporter ce poids, elle rêve d’être architecte d’intérieur. Il y a 50 ans, elle passe avec succès l’examen d’entrée de l’institut Sainte-Marie, rue Emile Féron. “Avec ce métier de bohème, tu ne gagneras pas ta vie”, lui dit son père. Alors elle sera styliste. “Ce n’est pas un métier rentable”, lui répond sa mère, couturière de formation. Marie-Jeanne aime croire qu’à cette époque, l’un et l’autre avaient raison. N’empêche que leurs refus successifs l’ont rendue furieuse au point de chercher du travail. La crèche Saint-Antoine, rue des Capucins, l’engage comme polyvalente.

Mais ne plus apprendre lui pèse. “J’aimais trop l’école, après deux ans de travail, j’y suis retournée et je suis devenue puéricultrice”. Dès qu’elle le peut, Marie-Jeanne comble ses rêves inaccessibles en suivant des cours de théâtre, de claquettes, de danse, de chorégraphie. Les dimanches, elle adore se rendre au patronage Sainte-Agnès où elle suit une formation et obtient le brevet de dirigeante. Les temps évoluant, les scouts, plus ouverts à la mixité, voient arriver bon nombre de patronnées. Blanche Collard, dite Sœur Catherine, demande à Marie-Jeanne de s’occuper de celles qui n’ont pas rejoint les louveteaux.

Les Mignonnettes du quartier Bruegel-Marolles

Marie-Jeanne les questionne sur leurs envies. Elles rêvent d’être majorettes. Si le théâtre, la danse, la chorégraphie, les claquettes ont peu de secrets pour Marie-Jeanne : “Les majorettes ? Je n’y connaissais rien !” Elle s’informe, assiste à diverses démonstrations, observe différents groupes, contacte “Bruxelles Parade” à Etterbeek, qui, à cette époque, est un important et très bon groupe de majorettes. Là, on lui enseigne les rudiments, et plusieurs majorettes d’Etterbeek rejoignent le groupe des Mignonettes pour leur apprendre la technique.

Avec l’aide de Sœur Catherine et des Pères Capucins, elle obtient l’autorisation de l’évêché d’installer les Mignonnettes dans les locaux du patronage, rue des Capucins. Cela fait 43 ans que les Mignonnettes du Quartier Bruegel – Marolles y sont installées et Marie-Jeanne se souvient… “Le 19 juillet 1976, première répétition rue des Capucins : 4 filles. La semaine suivante : 12 filles. Première sortie, un mois plus tard pour les fêtes du quartier Bruegel-Marolles : 20 filles. Comme nous n’avions pas nos propres musiciens, ce sont ceux du patronage Saint-Jean de Tubize qui sont venus nous accompagner et montrer à nos futures tambours comment défiler. En 1977, nous avons eu notre première clique préparée par Maurice Lambotte de Bruxelles Parade et en 1978, nos premiers clairons formés au patro de Tubize”.

Elle est persuadée que, sans rien y connaître, quiconque est intéressé peut apprendre la technique, les pas de danse, les percussions. La devise de Marie-Jeanne : “Vouloir c’est pouvoir”. Et la meilleure qualité : “la persévérance”. “Chez les Mignonnettes du quartier Bruegel-Marolles, depuis le début, mon désir est d’accueillir jeune et moins jeune, grande et petite, ronde et filiforme, blanche et noire et bien sûre filles et garçons.”

Pour préparer les défilés, avec les moyens du bord, peu d’argent et l’aide de certaines mamans des Mignonnettes, elle reconnecte son rêve de styliste, crée, dessine, coupe, coud les costumes et fabrique des chapeaux. Les Mignonnettes du Quartier Bruegel-Marolles ont pris part à des compétitions de “twirling” en interclubs, en provinciales, aux régionales francophones, aux régionales wallonnes, aux sélections nationales et européennes et d’autres amicales. Twirling ? “C’est le nom sportif de cette discipline”.

Le groupe promeut des activités culturelles, artistiques, sportives et festives. “Du temps où les GSM, PC et tablettes n’existaient pas, nous avons eu nos heures de gloire.” Aujourd’hui, trois générations de majorettes se croisent rue des Capucins : “Il y a de tous les âges, de 5 à 57 ans. Les minis, les juniors, les séniors et les Mamignonnettes”.

Le Twirling Club “Royal” des Mignonnettes du Quartier Bruegel-Marolles ?

Si Les Mignonnettes du Quartier Bruegel-Marolles tiennent encore sept ans, ce qu’espèrent les membres du groupe, elles auront 50 ans et pourront s’appeler : Le Twirling Club “Royal” des Mignonnettes du Quartier Bruegel-Marolles. “Plus que sept ans !” Mais Marie-Jeanne s’inquiète. “Aujourd’hui, les adolescents ne sont pas bien dans leur peau”. C’est pourquoi elle propose d’autres activités : variété, participations publicitaires, photographie, film, contribution aux parcours d’artistes, à des projets sportifs et culturels. “Il faut faire sortir les membres des Mignonnettes du Quartier Bruegel-Marolles de leur cadre de vie habituel et leur faire voir d’autres horizons”.

En plus des Majorettes, Marie-Jeanne organise le groupe “La Bruegelienne” inspiré des danses du quinzième siècle. “Alors que nous sommes dans le quartier Bruegel, c’est le seul groupe survivant d’un Projet ville né en 1996”. Le carnaval de Venise à Bruxelles, un événement en collaboration avec l’association des commerçants du quartier Bruegel-Marolles. Du 10 au 17 août, dans les Ardennes, un camp de vacances annuelles où suivant les places disponibles, majorettes, musiciens et famille se retrouvent. Elle participe à certaines fêtes du quartier, notamment “Dia de muertos” pour lequel elle peaufine les costumes.

Et comme un fil de tapisserie qui apparaît puis disparaît, sa passion pour la décoration se manifeste au rythme des saisons et des fêtes annuelles dans la vitrine de ce qui fut la quincaillerie de la maison familiale rue Haute.

• Nicole

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