Les singes ont envahi les Marolles

Certains se sont sentis insultés, trahis par le choix d’un singe pour illustrer les Marolles. Et pourtant…

“Toutes les eaux sont couleur de noyade” (Cioran)

Tout a commencé dans les années 70, lors de l’installation des fontaines Brueghel dans le Pentagone. Pour rappel, chacune de ces fontaines était surmontée d’un détail inspiré d’un tableau du peintre. Rue Haute, sur la place qui porte son nom, et non loin de la maison où il aurait vécu (coin rue Haute et rue de la Porte Rouge), la fontaine est surmontée d’un singe. La référence est le tableau de Brueghel l’Ancien, “Les deux singes” (1562) qui représente deux singes assis devant une fenêtre avec pour toile de fond l’Escaut à Anvers. Il semble, selon certains spécialistes, que ces singes qui symbolisent les vices humains seraient une dénonciation du peintre vis-à-vis des taxes perçues par la Ville sur le commerce qui transitait par le fleuve. Je suis prête à parier que nos édiles ne s’étaient pas renseignés sur la signification des tableaux de l’artiste avant de faire ce choix !

“L’homme descend du singe. Or, l’homme est fait à l’image de Dieu. Donc, Dieu est King-Kong” (Cavanna)

En 2003, aurait dû s’installer sur la place de la Chapelle la statue “Brueghel au travail”. Suite à une bisbrouille avec l’échevin Henri Simons, la statue mettra 12 ans avant d’enfin arriver à destination. Sur l’épaule de Brueghel, l’artiste Tom Frantzen a installé un petit singe coiffé d’un entonnoir afin, dit-il, de symboliser l’esprit satirique du peintre. Pourquoi avoir choisi ce lieu ? C’est dans l’église de la Chapelle que Brueghel l’Ancien s’est marié, a baptisé ses enfants et est enterré avec son épouse Mayken Coeck.

“Les politiciens ne comparent pas les idées, ils les opposent” (Tristan Bernard)

Enfin, en 2016, alors que certains commerçants se plaignent de l’accès aux commerces suite à l’installation du piétonnier, l’échevine Marion Lemesre fait élaborer une signalétique pour plusieurs quartiers centraux, en les caractérisant chacun par une identité commerciale. Dansaert est représenté par une petite robe, le Sablon par un fauteuil de style, Saint-Géry par un verre de bière, Sainte-Catherine par une sardine, Saint-Jacques par une coquille du même nom, rue de Laeken par une main tenant un crayon, rue des Chartreux par un zinneke, le quartier rue Neuve par un sac de shopping, la Grand Place par une maison de style baroque, et les Marolles par ce petit singe. Une action de city marketing comme nos villes en regorgent de nos jours, dans une vision de parc-à-thèmes forcément simplificatrice où chaque quartier est censé avoir sa couleur pour mieux attirer le chaland.

• Helena

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *