Le parfum des lieux

Lorsque se ravive la passion et s’enflamment les sens. Sentiment d’errance et de solitude. Il naît alors la nécessité de chercher les lieux ; tous les lieux au sein desquels on a semé quelques souvenirs. Et jaillissent avec force les envies de visiter ces espaces, d’embrasser les ruelles et de s’arrêter aux portes des maisons.

Marolles, salut à toi et à tes bonnes gens. Les pétales des coquelicots s’inclinent fièrement à la mémoire de tes martyres. Un poème dont les vers ont le parfum du musc et de l’ambre. Salut à ta fière allure, à la beauté de tes traits qui se reflètent sur tes murs. Ô cité de l’art et de la musique ; l’histoire t’a connue et continue de s’écrire à ta gloire. Le soleil de l’entente brille encore dans tes cieux.

Marolles, que veux-tu que je te raconte ? Lorsqu’on a interpellé ton passé, vint alors, qui nous contait tes histoires, Léopold pour dépoussiérer ton passé. Il nous a embarqué dans un voyage fourré de légendes ; nous a renvoyé à ton passé lointain. Il s’est avéré maître dans la description des faits, aguerri dans la citation des noms des personnes, des bistrots et des lieux. Les paroles qu’il distillait étaient proches de ces prières que l’on psalmodie à longueur de journée.

Marolles, fleur épanouie en terre fertile qui parfume ses alentours, qui arrose de sa fragrance la grisâtre du ciel de Bruxelles. J’ai tant déployé mes ailes dans les ruelles des Marolles ; j’ai vogué à l’aube, lorsqu’éclate la lueur du jour et subsiste le croissant de lune ; c’est alors que tu demeures le seul scintillement de lumière qui éclaire ma voie.

Marolles, je suis persuadé que tu te pares pour notre venue ; démêle tes cheveux de gitane et laisse les tomber sur tes épaules pour que le vent s’amuse à les défaire, et pour qu’il puisse nous charrier vers un monde de folie.

Marolles, tes lettres sont constamment sur moi, dans la poche de ma gabardine, à la portée de mes sens, comme l’écho de ce quatrain lorsque la musique se dissout dans les rimes. Se réveille en moi l’enfant turbulent qui court sans cesse, voulant voler tels ces oiseaux de grand matin, voulant devenir une chanson, un refrain que fredonnent les lèvres !

Marolles, ma délicieuse chanson, sous les réverbères des places, ma joie, mes espoirs, mon bonheur ; rythme de ma musique. En toi se mêlent les chants d’oiseaux aux cris de joie des jeunes filles.

Marolles, magasins de meubles, fumée épaisse de cigarette brouillant la vue aux abords des bistros, brume intense et grandes averses laissant des mares par-ci et par-là ! Les trottoirs inondés, les fleurs de jasmin pendant trempées de l’un de tes balcons, les tuiles mouillées, les rencards humides. La pluie tombe. Le mois d’octobre est de retour, il sonne le retour au manteau, aux gants.

Le Vieux marché, grand vacarme, appels de vendeurs, et face au portail de l’église, certains tel une horde dorment sur des bancs, pourtant si proches de ce brouhaha incessant. Se couvrant de guenilles et de haillons ; les paupières fermées, ils visitent les spectres du passé…

Je sais que parler de toi peut être long, très long. Mais avant que ma plume et non mon cœur prenne congé de toi, je désire épandre le jasmin et les narcisses à tes pieds, sur les seuils de tes maisons, dans tes ruelles, sur tes clochers, sur tes abords, au pied des réverbères. Toi, Ô chanson venant d’un monde perdu.

Marolles, tu es l’histoire, le poème et le conte. Si Schéhérazade avait vent de ton existence, elle t’aurait décrite à Chahrayar en mille et un contes !

Moulay Taieb Souhil


J’ai rencontré Moulay Taieb Souhil en 2012 pour le projet “La brochette improbable ». Un spectacle présenté au Centre Culturel Bruegel en 2014 et interprété entre autres, par le collectif des Hommes des Marolles. Souhil avait écrit, pour ce spectacle, quelques témoignages et composé la musique. La captation du spectacle se trouve sur Youtube.

Marocain, exilé en Belgique pendant 13 ans, il a été arrêté, sans papiers, par la police belge en août 2016. Il a été détenu trois mois au Centre Fermé 127bis puis expulsé de Belgique. Il réside actuellement à Casablanca. Fin 2017 il a co-réalisé, avec France Gilmont “Call, if I’m Not in Exile ! ». Un spectacle croisant des parcours de réfugiés et interprété par des artistes en exil. Le travail a été réalisé grâce à des visites au 127bis, à Casablanca et des contacts entrepris par mail et Skype.

C. R.

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