Le Bossu… sa corde… la suite…

Et bien voilà, pour ceux qui ont suivi et pour les autres aussi, je suis de retour avec cette histoire de la fameuse corde dans les cafés-logements. Bonne lecture.

J’ai aussi toujours entendu cette histoire de corde, comme presque tout le monde dans le quartier, mais jamais personne pour décrire comment la chose se faisait, alors, est-ce que c’est une légende ou pas ?

Je continue à faire des recherches sur le sujet et voilà ce que j’ai trouvé.

Dans le livre “Estaminets des Marolles” sorti en 1986 par le Cercle d’histoire et d’archéologie “Les Marolles” (c’était pourtant pas les premiers venus ni des zievereirs) et bien voilà ce qu’il est écrit pour les maisons de logement et pas seulement pour “Le Bossu” ; ici on parle de l’ouvrier entre la moitié et la fin du 19ème siècle :

“[…] mais il faut avant tout s’imaginer dans quoi il doit dormir… Des greniers, des mansardes pour dix à quinze personnes, sept à huit lits, par grenier, de trois à sept lits, par chambre, et l’on dort à deux par lit. Quant au lit, c’est un doux euphémisme, le terme ‘paillasse’ paraissant beaucoup plus précis. Ni lumière, ni aération, ni hygiène élémentaire : les salles de bain n’existent pas; et bien souvent le logeur est aussi cabaretier. Si on dort mal, il suffit de descendre et de boire… […] La maison ne subira aucune transformation avant 1934, mais selon les plans, elle devait être un café, dès 1919, avec logement. Au sujet du ‘Bossu’ (Den Boelt) et du ‘Gros Pou’ (Dikke Luis), on parle assez souvent de la célèbre corde, pour dormir, et que le ‘baes’ (patron) lâchait chaque matin, pour réveiller brutalement les dormeurs. Certains comme le peintre Roel d’Haese, s’en souviennent fort bien, mais les Marolliens, qui ont dormi dans ces maisons, affirment que cette corde n’est qu’une fable. On dormait sur les tables, mais pas la tête sur une corde tendue comme oreiller !…”

Je vous invite vivement à lire cet ouvrage car on y parle aussi des ravages de l’alcool à cette époque. Vous pouvez encore le trouver en occasion ou aussi le consulter aux archives de la Ville de Bruxelles rue des Tanneurs. Du même cercle d’histoire, il y a 3 autres livres du même cru : “Le Vieux Marché”, “Les petits métiers des Marolles” et “Impasses des Marolles”.

Maintenant vous allez lire un extrait du livre de Jean Drève paru en 1936 au joli titre de “Kazak” (je veux bien croire que notre ami Jean d’Osta s’en est inspiré pour son personnage bien connu de “Jef Kazak”). C’est l’histoire de deux Peïs qui se retrouvent sur la rue Haute et qui cherchent pour dormir.

“Kazak vint à Diego et lui dit : – Retourner encore ce soir là-bas, au diable, ce n’est plus mon affaire. Je resterai donc avec vous ici. – Ici ? – Mais oui. C’est ici que nous logerons. Et demain nous tirerons notre plan. J’ai mon idée. Venez… Pas mal hein Tournesol ! Tâchez d’en trouver autant partout, en faisant le tour du monde. - Combien coûte de logement ? - Deux francs. Avant la guerre c’était 50 centimes ; et en face on dormait alors sur la corde pour 5 centimes. - Sur la corde ? - Oui, sur la corde. Il y avait dans la cave une corde tendue sur laquelle on s’appuyait pour dormir debout. Au matin le patron décrochait un des bouts de la corde et tous les dormeurs roulaient par terre, en tas. Comme il faisait humide, personne n’attendait son reste. Mais je vous parle de l’ancien temps : ça n’existe plus.”

Les asiles de nuit « à la corde »

En cherchant sur le net j’ai trouvé un lien en écrivant “dormir à la corde” et je suis tombé là-dessus, façon de parler, ça se passait à Paris :

“Au XIXème siècle, des “philanthropes” recevaient pour une somme modique (qui ne les empêcha pas que les tenanciers, firent rapidement fortune) des pauvres gens sans domicile, pour la somme de deux sous.

Assis sur un banc, ils devaient reposer leur tête sur une corde pour pouvoir dormir. Le matin, on détachait la corde pour réveiller tout le monde, et les pauvres bougres, devaient sortir dans la rue. L’asile Fradin a fermé ses portes en 1917, il était au 35 rue Saint-Denis.”

Pour ceux qui en ont l’occasion, faites une recherche sur le net “asile Fradin”et sur images vous pourrez constater qu’il y a des dessins d’époque (1895) où on voit des hommes, femmes, tables, bancs, chaises, lits et paillasses, les gens sont assis avec la tête sur la table, mais pas l’ombre d’une corde ni même d’une ficelle !

Voilà, j’ai fini pour cette fois-ci, peut-être une suite de la suite qui sait, mais j’y crois de moins en moins à cette corde et vous ?

• Luppens Nicolas (dit Nicky)


Courrier des lecteurs

Je voudrais laisser un message par rapport à ‘Bij den Boelt’. Mon père racontait que les gens qui n’avaient pas de sous, ou étaient trop ‘zats’, dormaient sur la corde (pas sur des cordes). On tendait une corde dans le café, et les gens dormaient dessus les bras croisés. Le matin, quand il ouvrait le café, den Boelt “coupait” la corde et il était temps alors de retrouver la rue.
Un abri pour SDF en quelque sorte…
Ça, c’est que j’ai toujours entendu raconter à la maison…
Je voulais le partager quand j’ai vu par hasard le n°2 du Pavé dans les Marolles… Voilà qui est fait…
Salut en de kost !

• Danilia Haelterman

À propos de l’article du Pavé n°2 sur le café ‘Den Boelt’ : les gens qui n’avaient pas de logement pouvaient effectivement y dormir la nuit. Ils devaient payer 20 balles. Ils étaient attachés à une corde aux pompes à bière, le long du comptoir et on tirait sur la corde pour les réveiller le matin à 7h. Ils pouvaient rester ou partir (dans les années septante).

• René L.

Enfant, ma grand-mère disait que les gens dormaient sur une corde et que le matin on lâchait la corde et tout le monde tombait sur sa tête. Ça me faisait un peu peur et je pensais que je n’irais jamais Bij Den Boelt, pour ne pas tomber sur ma tête.

• Petronille De Coster

2 pensées sur “Le Bossu… sa corde… la suite…

  • 28 avril 2018 à 11 h 05 min
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    Le plus connu de ces cabarets- dortoires est le « Bossu »( bij den Boelt), mais il en subiste quelques d’autres.
    Au Bossu, défense de photographier. La patronne protège les pauvres hères qu’elle héberge contre les regards indiscrets et surtout contre les caméras.
    On peut y dormir jour et nuit, tant dans le café même (5F la nuit, la tête sur la table , avec défense de s’allonger sur les bancs)que dans le dortoir de derrière (10 ou 15f).
    Jadis,on dormait « à la corde », assis sur un banc ,penché en avant sur une corde horizontale passant sous le bras.A 7h ,le patron détendait la corde pour éveiller tout le monde à la fois.Source le livre Marolles bruxelles inconnu
    Le café était situé au 134 rue Haute à côté de la maison de Breughel ,j’allais à l’école en face.

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  • 28 avril 2018 à 18 h 10 min
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    je visitais comme assistante sociale les marolles dans les années 1960 il y avait un café rue des Chandeliers quand j’arrivais à 8 heures les gens étaient là depuis la veille et dansaient parfois je devais me garer car dans les ruelles on vidait le pot de chambre par la fenêtre un pei avait tué son concurrent par jalousie il avait découpé en morceaux et s’était blessé en coupant la tête il est couru à l’hôpital st Pierre et a expliqué qu’il s’agissait d’un gigot …..j’ai trouvé en brocante un livre récits d’une assistante sociale dans les marolles années 1930

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