L’abri anti-aérien est classé !

La procédure de classement avait été ouverte suite à une pétition citoyenne lancée par la Plateforme Marolles et Pétitions-Patrimoine, remise à la Région bruxelloise en janvier 2015 dans la foulée du projet de parking sous la place du Jeu de Balle.

Fin 2014, l’annonce d’un projet de construction de parking sous la place du Jeu de Balle a permis de se rappeler à quel point le retard dans la politique de classement à Bruxelles est abyssal : ni cette place emblématique, hôte du Vieux Marché depuis 1873, ni les principaux édifices qui la caractérisent (pas même l’emblématique ancienne Caserne des pompiers) ne bénéficient d’une quelconque protection.

Pour combler cette lacune, la Plateforme Marolles, créée pour s’opposer au projet destructeur d’un parking souterrain, s’associa à l’asbl Pétitions-Patrimoine pour obtenir par pétition l’ouverture d’une procédure de classement. L’intérêt patrimonial et historique de cette place est évident aux yeux de nombreux Bruxellois, mais aussi largement reconnu en Belgique et à l’étranger. Les quelques jours de collecte de signatures, par la réaction du public rencontré, ont permis de réaffirmer cette évidence avec force. Leur demande concernait :

  • L’ensemble de l’espace public de la place du Jeu de Balle, qui a conservé un aspect proche de son état d’origine notamment grâce à la présence quotidienne du Vieux Marché depuis 145 ans. Sa simplicité, sa lisière d’arbres et l’uniformité des matériaux de qualité, dont les fameux pavés qui la recouvrent, sont typiques des aménagements publics du XIXe et du début du XXe siècle. Peu de places bruxelloises ont su conserver à ce point leur caractère et leur typologie d’origine.
  • L’église paroissiale de l’Immaculée Conception, construite entre 1852 et 1870, sur la partie Ouest de la place.
  • L’ancienne demeure du sacristain construite en 1862 et huit maisons de style néo-classique datant de 1866.
  • L’ancienne Caserne des pompiers, construite en 1861-1863 selon les plans de l’architecte Joseph Poelaert, qui occupe toute la face Est de la place.
  • L’ancien abri anti-aérien se trouvant dans le sous-sol de la place, probablement aménagé en 1942 dans le cadre de l’organisation générale de la Défense Aérienne Passive, dans une partie des sous-sols des Ateliers du Renard, usine de construction de locomotives démolie au moment du percement de la rue Blaes et de la place du Jeu de Balle. La présence d’inscriptions “Défense d’uriner” et “Défense de cracher” en français et en néerlandais atteste que le lieu était destiné à la population civile bruxelloise, pour servir de refuge en cas d’attaque aérienne. Il s’agit d’un des rares témoins matériels à Bruxelles du second conflit mondial, la plupart des abris anti-aériens ayant été détruits après la guerre (place Fontainas, Porte de Ninove, Théâtre flamand, tunnel de la Jonction, abri-hôpital de la Porte de Hal…).

La Région bruxelloise, à qui incombe la décision de classement, s’exprima par la voix de son Ministre-Président, Rudi Vervoort, qualifiant cette démarche citoyenne “d’instrumentalisation du patrimoine”. Pour appuyer son propos, il prit en exemple des bâtiments qui ne sont pas classés alors qu’on imagine qu’ils le sont : “Évidemment, personne ne penserait un jour à démonter l’Atomium”, précisa-t-il. Force est pourtant de constater qu’alors qu’on pouvait penser que les pires heures de la bruxellisation étaient derrière nous, il s’est trouvé quelqu’un pour vouloir construire un parking sous le Jeu de Balle ! Bien sûr, que la menace de ce parking a réveillé les esprits et mobilisé de nombreux Bruxellois, qui n’imaginaient pas que cette place si caractéristique du Vieux Bruxelles et du folklore populaire pourrait être défigurée.

La procédure de classement dura 3 ans et demi. La Ville de Bruxelles, appelée à donner son avis, préféra rester muette. La Commission Royale des Monuments et Sites remit, elle, un avis positif sur l’ensemble de la demande. Mais le Gouvernement bruxellois se contenta de prendre en compte l’abri anti-aérien dont il annonça le classement en juillet 2018. Ni la place, ni les bâtiments qui la caractérisent ne sont classés.

Hasard du calendrier, l’ASBL Pétitions-Patrimoine s’est dissoute quelques semaines avant l’annonce du classement. Créée en 1993, elle avait permis de sauver plusieurs bâtiments importants à Bruxelles et de sensibiliser au patrimoine trop maltraité dans notre région. Mais ses actions connurent aussi de nombreux échecs et les réglementations urbanistiques actuelles sont de moins en moins favorables à la sauvegarde du patrimoine, ce qui a fini par décourager ses membres.

Près de 6 mois après le classement, aucune mesure concrète n’a encore été mise en place pour protéger l’abri. Quant à son éventuel accès public, là aussi, le mystère est total. S’il est important de le préserver, il est tout aussi crucial de ne pas y créer d’activité qui entrerait en conflit avec celle du Vieux Marché.

• Gwen

(Photo : Stéphane Fontaine & Sylvain Margaine)

Une pensée sur “L’abri anti-aérien est classé !

  • 4 février 2019 à 11 h 25 min
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    il faut arreter de defigurer bruxelles qu on abatte plutot le palais de justice qui tombe en ruine et qui coute des somes enormes

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