Fresques Brueghel : des grafs pour mieux vendre le quartier

À l’occasion du 450ème anniversaire de la mort du peintre Brueghel, 14 fresques ont été peintes dans les Marolles, au gré d’un parcours serpentant entre plusieurs institutions et lieux emblématiques de la vie du peintre. Les plus célèbres peintures de Brueghel y sont revisitées et modernisées en œuvre street art.

Brueghel occupe une place particulière dans les Marolles. Il y a passé une partie de sa vie et y a peint certaines de ses toiles les plus connues. Qui plus est, le sujet de ses œuvres, souvent lié à des scènes populaires, semble faire écho à un quartier resté encore aujourd’hui partiellement habité par une population précaire. Le lien entre le peintre et le quartier est fort. Cela étant, pourquoi choisir cette thématique plutôt qu’une autre ? Pourquoi souhaiter donner au quartier des Marolles cette coloration plutôt que, par exemple, celles de ses résistances et luttes urbaines ?

Visit.brussels, agence marketing

L’initiative provient, en ce qui concerne les fresques, d’une agence bruxelloise : Visit.brussels. L’entité chargée de la promotion touristique de Bruxelles a pour objectif de “placer Bruxelles sur la scène locale et internationale”. Comme ailleurs, la Région s’est dotée d’une telle agence afin d’inscrire Bruxelles dans une compétition mondialisée entre Berlin, Paris ou New York. L’enjeu, comme toujours, est d’attirer les clients et les capitaux pour conforter la sacro-sainte “croissance”. Et comme ailleurs, les techniques utilisées par l’agence sont imprégnées par le monde économique et en particulier par le marketing. Promouvoir et valoriser une ville pour capter un maximum d’investissements, de touristes et de “créatifs”, voilà donc la mission de Visit.brussels. En résumé, l’agence n’a d’autre but que d’assurer un maximum de profits en satisfaisant les besoins et désirs de consommateurs, ici les touristes en city-trip.

Au cœur du marketing urbain développé par Visit.brussels, l’art est envisagé comme un moyen de redonner une dimension sociale et symbolique aux espaces publics. Il est utilisé également afin de créer une ambiance urbaine, parfois agréable pour les habitants, souvent attractive pour les touristes. On institutionnalise les pratiques artistiques à des fins de valorisation territoriale et touristique. La Ville de Bruxelles joue ainsi, comme de nombreuses autres métropoles, la carte du street art dans le cadre de sa politique urbaine et culturelle, dans des opérations de régénération urbaine et dans la définition de stratégies territoriales.

Enjoy Marolles

Les fresques Brueghel réalisées exclusivement dans les rues passantes du quartier n’ont pas été peintes pour (et par) les habitants, ni même sur un sujet choisi par eux. Elles ont été faites pour attirer les touristes et les curieux. Par ses fresques, Visit.brussels tente de façonner un produit, ici le quartier des Marolles, en lui assignant institutionnellement une identité figée, facilement saisissable par tous.

“Quelle chance de pouvoir intégrer des fresques inspirées de l’œuvre de Brueghel au sein du parcours street art, qui rassemble déjà̀ près de 150 œuvres”, affirme ainsi M. Delphine Houba, échevine de la culture, du tourisme et des grands évènements à la ville de Bruxelles. Mais “quelle chance” pour qui et pourquoi ?

• Mathieu

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *