Des moules, des frites… et des pauvres

Le Bal national est une des activités phares qui se déroule chaque 20 juillet dans les Marolles. C’est à cette date que le quartier se boucle peu à peu pour pouvoir accueillir des formations musicales qui ont fait ou qui font encore la gloire de notre plat pays. L’activité ne fait pas forcément l’unanimité, tant du point de vue des habitants que des commerçants. En effet, à cette date, beaucoup d’habitants quittent le quartier pour quelques jours afin d’éviter une sorte d’invasion extérieure et pour se préserver des nuits plus calmes. Du côté des commerçants, certains ne comprennent pas pourquoi cette activité est gérée par une ASBL qui n’a pas d’ancrage dans le quartier. L’objet social de ladite association est d’organiser des événements, festivals et concerts mais aussi tout un travail de marketing, de recherche de financements et de mécénat. De ce côté, on peut dire que la mission est plutôt bien accomplie : Jupiler, Lotto, la Ville de Bruxelles, le Gouvernement fédéral font en effet partie des soutiens financiers.

Le lendemain de cette soirée festive, la place du Jeu de Balle est à nouveau réquisitionnée pour accueillir un Resto national, à l’attention des amateurs de moules-frites.

Lors de la dernière édition, des travailleurs de l’ASBL « nationale » ont visité les commerces du quartier pour leur proposer une action pour le moins surprenante : demander aux clients des commerces d’ajouter 1€ à leur addition pour pouvoir inviter plus de pauvres au Resto national. Nous ignorions que ce grand repas leur était destiné étant donné que le plat est au prix de 21€. Bon, admettons que ce soit une œuvre de bienfaisance et que le projet est d’amener plus de mixité sociale (c’est un concept à la mode) mais de là à demander que les clients des autres commerces paient plus cher pour inviter plus de pauvres, cela commence à devenir tordu. D’abord, parce que la notion même de « pauvre » est étrange et difficile à objectiver (heu à partir de quand on est pauvre en fait ?), qui sont les pauvres mais surtout est-ce que les pauvres aiment les moules ? Le franc tombe (mais pas l’euro) quand les initiateurs de l’action « moules-frites » terminent leur laïus en annonçant que tout ceci se fait en partenariat avec le CGAM… Quand on connaît les aventures rocambolesques de ladite association (désormais en faillite) et les problèmes de gestion qu’elle a connu ces dernières années, on est en droit de se demander où va véritablement cet argent récolté à destination des « pauvres ». En tout cas, faudra penser à du bon vin de Moselle pour digérer tout ça…

• Aretha Rufas

Et où tu vas chercher tout ce sang, petite puce ?
Ouye moi je pique les gens, et alors je les suce.
C’est facile de passer pour un qui a bon cœur
Quand on fait des cadeaux qu’on va voler ailleurs…
(Extrait des fables de Virgile du « Pourquoi Pas ?)

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