Comment s’habillait un lion des Marolles ?

Après l’avoir lu, je trouvais ça une fois tof de partager avec vous la description de l’habit d’un Marollien au milieu du XIXe siècle, juste comme ça pour le plaisir. (Le texte qui suit est tiré d’un des chapitres écrits par Victor Joly, dans « Types et Caractères Belges. Mœurs Contemporaines », livre imprimé à Bruxelles en 1851).

“La mise ordinaire de l’habitant des Marolles est pour la semaine, la blouse, ouverte par devant, un gilet et une cravate de couleurs tranchantes, telles que le jaune, le vert ou le rouge. Une casquette posée sur l’oreille avec un chic particulier; un déhanchement d’épaules qu’ il prend pour le nec plus ultra de l’élégance, contribue à lui donner cet air rageur et casseur qu’il affectionne par dessus tout. Un pantalon large de printanière rayé de bleu et de blanc l’été, de molleton l’hiver, compose sa parure de travail. Presque toujours il est employé dans une filature de coton, dont les mortelles influences lui donnent un air hâve et amaigri. Une monstrueuse chique de tabac lui gonfle la joue, où apparaît un bout de favori taillé en queue de lapin.

Les dimanches, la chrysalide devient papillon. Une vaste et ample redingote bleue lui bat les talons, un gilet boutonné droit laisse passer une monstrueuse rosette de cravate. Un pantalon ample descend sur des souliers bien cirés. Le chapeau et la coiffure à eux seuls ont de quoi désespérer un artiste par leur dandysme de ruelle, leur élégance de carrefour. C’est un chapeau comme on n’en voit guère, comme on n’en voit plus : large du haut, s’amoindrissant vers le milieu, et renflé sur les bords qui sont toujours outrageusement retroussés et pour ainsi dire collés sur la forme. Quant à la coiffure, celle du Marollien dédaigne toutes les modes qui ont bouleversé si souvent nos têtes; il méprise les cheveux à la mal-content, qu’il intitule Dieu sait comme ! et ceux à la jeune France, qu’il appelle Saint-Simonien. Sa coiffure à lui, se compose d’une boucle massive, bien imbibée de blanc d’œuf ou de saindoux qu’il colle sur sa tempe la pointe en l’air, à peu près comme les accroche-cœurs de nos femmes; le restant des cheveux est rabattu sur l’oreille et plantureusement saturé de pommade sur le choix de laquelle il se montre du reste fort peu difficile. À ses oreilles brillent des boucles d’oreilles, quelquefois en or, le plus souvent en argent ou en étain. Sur le pantalon pend un large ruban à rosette, soutenant une clé de montre en cornaline, qui est pour le Marollien ce qu’est le cachemire pour l’actrice. Sa toilette se complète par un jonc d’un sou, dont il frappe en marchant sa botte ou les plis flottants de son pantalon. Mettez à ce dandy de la rue de la Rasière une fleur à la bouche, arrondissez-lui les épaules qu’il jette tour à tour de droite à gauche; faites-lui passer de temps à autre la paume de la main sur son immense krolle qu’il maintient à grand renfort de salive à tabac; laissez flotter sur ses bas bleus les immenses pans d’une redingote, faite par un tailleur fabuleux, et vous aurez le type du lion des Marolles, du Lauzun des bals de la rue du Renard, de la rue Terre-Neuve et du Jardin-Rompu (1)”.

• Luppens Nicolas dit « Nicky »

  1. La rue du Jardin-Rompu se situait plus ou moins où se trouve l’actuelle rue de Nancy. Elle reliait déjà la rue du Miroir à la rue Saint-Ghislain. N’oublions pas que la rue Blaes ne sera construite que vers 1854.

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