Chronique de la rue du bout du monde…

La rue du Bout-du-Monde, construite en 1798 se situait entre la rue Pieremans et le rempart de la Porte de Hal. Elle fut englobée en 1854 par la création de la rue Blaes. Son nom lui avait été donné en 1798 parce qu’elle menait à une maison isolée sise au pied du rempart et dénommée par les fonctionnaires français « le bout du monde »…

Je vous parle d’ici, partout ailleurs et tout autour.
La saison estivale me navre.
Chaque année, c’est pareil. Deux longs mois à se faire parcourir l’échine par des armées de sandalettes venues élimer leurs semelles sur mon pavé au nom de la culture et du patrimoine.
Pardon : au nom du capitalisme fait tourisme de masse.

Les beaux jours éloignent toute logique, tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à du bon sens. Soit, c’est comme ça! L’humain s’agglutine, c’est son truc ! Quand on lui impose, il se rassemble. Quand il dispose, il s’éparpille. Allez comprendre…

Le matin tôt les camions croulent, dévalent, s’emballent, déballent. Ça fait sens, ça se déploie, ça s’invective. Le ciel rougeoie. Camaïeux dingo.
Il fait douf. On s’assoit contre moi. Ça me réchauffe.
Cent quarante-quatre ans que le merdier fonctionne en belle intelligence, le rassemblement de brol le plus ponctuel du pays, voire d’Europe ! Le calendrier n’est perturbé que par les hivers très froids et encore, et ce fameux été qui n’existe jamais vraiment par ici, ou, enfin, à sa façon.

Mon pavé résiste à toutes les envies folles et spéculatives. Il est bien ancré. Les forcenés de la pelleteuse ont déposé les armes, pour un temps… L’arrogance communale n’a pas de limite. Rester vigilant s’impose.

Une semaine avant la fête nationale, la Foire du Midi déploie ses manèges et autres attractions… Les forains, je les aime bien, ils ont un coup dans le capot assez semblable aux marchands du Jeu de Balle.

Par-delà la grande roue, les cris rieurs des jeunes gens espérant s’enrouler les uns autour des autres viennent s’échouer sur moi.

Les camions des marchands du Vieux Met font place aux installations tapageuses de la fête nationale.
Cela fait trois longs jours qu’ils perturbent mon sommeil et déglinguent mon réveil.
Ils ont trouvé drôle de venir zwanzer une fois par an sur mon pavé, eux.
On me visite comme on visiterait une vieille tante, avec la conscience de celui qui tient le cornet de frites à 3 euros.
Comme si c’était déjà pas suffisant de me faire coloniser l’infrastructure par le Parigot féru d’art content (comptant) pour rien…

Déclin du ciel. La parodie commence.
À coup de rythmiques décérébrées, ceux qui voulaient me fiche un parking dans le ventre s’auto-congratulent sur la scène. Vient le passage obligatoire du Grand Jojo National et tout le monde à l’unisson gueule au « Chef qu’on a soif » et que Jules César « mettait pas d’falzar ».
Je vomirais bien. Mais j’ai le goût de la bière.
J’ai le goût de la frite.
Je goûte le bruit des kets qui zwanzent.
Je goûte les talons et les snikers se frottant a moi.
Je goûte le monde, le jour. La nuit défile.

Je participe.

Je suis là. Il fait pas froid. Le petit matin s’allonge lentement.
Nuages dépoussiérés vermillons.
On démonte. On s’active.
Mon pavé crasse luit des excès de la nuit.

J’ai le goût du monde qui s’agite… Là, tout au bout.
Ici, partout ailleurs et tout autour.

• Lili Rotifères

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