Chronique de la rue du bout-du-monde…

[ La rue du Bout-du-Monde, construite en 1798 se situait entre la rue Pieremans et le rempart de la Porte de Hal. Elle fut englobée en 1854 par la création de la rue Blaes.
Son nom lui avait été donné en 1798 parce qu’elle menait à une maison isolée sise au pied du rempart et dénommée par les fonctionnaires français « le bout du monde »… ]

Que se passe-t-il pour qu’une enfant au détour d’une autoroute passe
soudainement, en un éclair du présent à l’imparfait ?

Je vous parle d’ici, partout ailleurs et tout autour.

Dans la nuit, une nuit de mai qui pour beaucoup d’enfants fut douce et rassurante, une enfant est morte.
Elle est morte loin de chez elle, loin des bras rassurants de sa mère et de son père.
Elle est morte loin de mon pavé mais j’en tremble encore.

Je serai terrifiée, moi La Marolle, moi Les Marolles, si un agent trop zélé venait à percer le crâne d’une enfant de deux ans de son arme assassine.

Qu’arrive-t-il à ce pays?
Que se passe-t-il pour qu’une enfant au détour d’une autoroute passe soudainement, en un éclair du présent à l’imparfait?

Qu’ont-ils tous ces politiques, à actionner le bras armé de leurs chiens de garde d’une hypothétique démocratie ?
C’est troublant, c’est inquiétant, c’est un temps que mes entrailles avaient crû révolu.

Me rappelle ce douloureux soir de septembre 42, lorsque les autorités de l’Allemagne nazie raflèrent dans mon cœur, 718 femmes, hommes, enfants.

Elle s’appelait Gertrude, elle avait 15 mois.
Elle s’appelait Hélène, elle avait 2 ans.
Il s’appelait Isidoor, il avait 5 ans.

Ils ne portaient pas le bon patronyme, n’avait pas la bonne origine. Ils-elles terminèrent leurs courtes existences aux confins de l’enfer, là-bas, loin à Auschwitz.

Elle s’appelait Mawda, elle est née en Allemagne de parents Kurdes.
Elle avait deux ans.
Elle est morte en Belgique, une triste nuit de mai, tuée par un policier.
Tuée par un gouvernement qui traque, rafle, tue des enfants, des femmes, des hommes à cause de leur origine.
L’eau ruisselle, où le sang a coulé autrefois et aujourd’hui, ce n’est pas la drache.
Les murs, mes murs, mon sol, comme un refuge, plus jamais comme un piège.
J’espère.
Le monde s’attarde… Là, tout au bout :
Ici, partout ailleurs et tout autour.

• Lili

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