Chronique de la rue du bout-du-monde #3

[ La rue du Bout-Du-Monde, construite en 1798 se situait entre la rue Pieremans et le rempart de la Porte de Hal. Elle fut englobée en 1854 par la création de la rue Blaes. Son nom lui avait été donné en 1798 parce qu’elle menait à une maison isolée sise au pied du rempart et dénommée par les fonctionnaires français “le bout du monde”… ]

Je vous parle d’ici, partout ailleurs et tout autour.

Parfois la simple perspective de se lever est une torture en soi.
Il drache sec, et il y a pas que l’oxymore qu’est la gueule tordue.
La situation toute entière relève du plan pourri.

Ça noye à l’extérieur.
À l’intérieur, on n’est pas mieux.
Si d’aucuns craignent le péril d’invasion, ce que je crains moi, c’est que notre humanité finisse dissoute dans l’acide de cette putain de pluie.
Noye définitivement nos putains de rêves de liberté.

Mon pavé est une terre d’accueil. C’est à ça qu’il sert.
Les flaques ne sont pas faites pour que les pattes des hommes et des femmes prennent froid dedans.
Elles servent aux petons des kets qui jouent à s’éclabousser en se marrant (et faire râler leurs mères, comme dirait l’autre.)

La pluie on l’aime quand on la regarde de derrière la fenêtre du bistrot ;
Parce qu’une main généreuse a plongé au fond de sa poche pour suspendre un café chaud.
La drache nationale est supportable quand on dépose à l’entrée prévenante d’une famille accueillante, les chaussures crottées de la boue du Parc Maximilien.

La pluie qui coule, pareil, sur tout le monde…

Enfants, Hommes, Femmes, Réfugiés, Sans domicile Fixe, Errant-es occasionnel-es, Poètes, Rêveurs, Chômeurs, Artistes…
La drache qui coule au creux des reins, et dans les cous, ils connaissent.

On dirait que les politiciens, ne connaissent pas la pluie.
Ils ne savent pas le cheveux mouillé.
Ne connaissent pas la course effrénée pour échapper aux orages.
Le porche précaire, le carton-maison-matelas trempé.
Évidemment ils ne connaissent rien.

Un jour la pluie viendra engorger tous les avaloirs de la Ville.
Leurs ministères tomberont sous les fissures.
Leurs costumes soignés deviendront leur seule bouée.

Et de la rive, de chez moi, de chez nous,
Lovés au chaud, derrière la vitre d’un de mes bistrots,
Nous regarderons le vieux monde se noyer,
Au son des verres qui trinquent car,
les bruits du monde finissent toujours au creux d’un verre.

En attendant…
Le monde s’attarde… Là, tout au bout :
Ici, partout ailleurs et tout autour.

• Lili

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