À l’hôtel Galia, la porte est ouverte

Depuis le confinement, l’hôtel Galia, dans les Marolles, n’accueille plus de touristes mais des personnes en exil…

Galia, c’est un joli prénom féminin et une variété de melon. C’est aussi le nom du seul hôtel des Marolles, situé place du Jeu de Balle. “En 1988, quand mon père a acheté le bâtiment, c’était une ruine et nous avons travaillé dur”, se souvient Nicolas Jancen, propriétaire des lieux. “En septembre 1992 nous avons ouvert l’hôtel avec 3 chambres et au fur et à mesure des rentrées financières, on l’a agrandi. Actuellement nous disposons de 34 chambres.” L’hôtel Galia est le seul à Bruxelles à avoir des prix si bas, surtout dans le centre. Il est moins cher que les Airbnb : 25 € pour une nuit, petit déjeuner compris. “Qui voyage avec 25 € en poche, c’est ça qui m’intéresse dans le low-cost, mais maintenant j’ai envie de faire autre chose.”

Fin de l’année passée, ce sont les fils de Nicolas qui ont pris l’initiative : Vladimir a proposé à son père de se rediriger vers le travail social, Stan a pris contact avec l’Etat fédéral. Mais l’hôtel était trop petit selon les critères fédéraux pour en faire un centre d’accueil. Entretemps la crise du corona est arrivée, avec son lot de personnes délaissées. A ce moment-là, BXLRefugees, la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés qui s’occupe des migrants qui dorment au parc Maximilien ou à la Porte d’Ulysse, contacte le Galia. “Ils m’ont demandé si j’étais toujours prêt à donner mon hôtel pour accueillir des réfugiés. J’ai accepté en sachant que je ne voulais pas non plus remplir tout l’hôtel parce que j’accueille aussi des gens du CPAS, j’ai un contrat avec la commune de Saint-Gilles.” 

Des hôtels refuges

Au moment où la crise sanitaire avait vidé Bruxelles de ses touristes, deux hôtels du centre-ville (le Galia et le Barry, place Anneessens) se sont transformés en lieux d’accueil pour aider à loger 300 personnes qui étaient à la rue suite à l’évacuation du parc Maximilien. “Je trouve ça normal que l’hôtel, qui de toutes façons devait rester fermé pendant le confinement, s’ouvre pour les migrants. Autant qu’on serve à quelque chose. Ils ont juste un pantalon et c’est tout. Le premier jour où j’ai accepté, il y avait des camionnettes qui passaient autour du parc Maximilien ou de la Porte d’Ulysse pour trouver des gens et les amener ici tout simplement.” 

En quelques jours, une organisation s’est mise en place. D’une part, BXLRefugees et la Région bruxelloise offrent un soutien financier pour la logistique et les charges. D’autre part, des bénévoles informent les migrants de la possibilité de loger à l’hôtel. Et puis la solidarité joue… “Des gens de Médecins sans frontière viennent régulièrement. Il y a aussi des juristes, qui gravitent autour de BXLRefugees et viennent leur donner des conseils. Ils ont aussi accès au téléphone, pour téléphoner à leur famille. Ils sont bien encadrés. Et puis, il y a l’entraide de partout, des taxis amènent des vêtements, une donation aussi. Maintenant on vient de recevoir un camion de papier toilette. C’est comme ça tout le temps. On a reçu 400 kg de bananes. Le soir vers 22h, il y a des camionnettes de Marocains, des associations du côté de Saint-Gilles, qui nous apportent de l’eau, des jus, du pain. Les ‘frigos à partager’ d’Uccle viennent avec du pain, des gâteaux. On reçoit aussi des biscuits et du chocolat de marque. Des camionnettes de vêtements…”

Pendant le confinement, l’hôtel Galia a accueilli plus ou moins 100 résidents. Une vingtaine du CPAS, quelques-uns surpris par le confinement et plus ou moins 80 réfugiés. 

Ismaël, né d’une mère belge et d’un père marocain, se trouvait à Bruxelles pour résoudre des problèmes administratifs quand le confinement a été décrété. “Mon hôtel a dû fermer, c’est à l’hôtel Galia que j’ai retrouvé à me loger. Coincé dans les Marolles depuis deux mois, je n’ai qu’une envie : retourner au Maroc et rejoindre mon épouse qui vient d’accoucher. Pour ne pas devenir fou, j’ai besoin de m’occuper. Diplômé du Céria, je me suis proposé comme cuisinier. Nicolas a accepté et depuis, aidé par d’autres bénévoles, je cuisine environ 300 repas par jour. Nicolas est vraiment un chic type.”

Petros, Ethiopien de nationalité érythréenne, logeait dans un camp de la Croix-Rouge fermé à cause des mesures de distanciation. “Grâce à Nicolas, aux organisateurs de la Croix-Rouge et toutes ces personnes qui nous ont recueillis partout dans les halls d’immeubles où nous dormions, au milieu de la nuit, quand il pleuvait, on est arrivés dans cet hôtel. Nous sommes tellement heureux d’être d’ici. Au moins, nous avons trouvé un bon endroit. Il y a plusieurs chambres disponibles pour nous. Nous prenons des douches, du repos, nous mangeons. Depuis que nous avons quitté l’Afrique pour essayer de rejoindre le Royaume-Uni, nous n’avons jamais eu la chance de nous asseoir ou de dormir dans des draps blancs ou dans un lit blanc. Nous avons, au moins, un temps pour respirer. Et repartir avec le plein d’énergie pour traverser la frontière. C’est une route compliquée à laquelle nous devons faire face. Nous sommes loin de nos cultures, de nos familles, de nos parents, ici. Nous n’allons pas demander l’asile en Belgique. Nous avons tous traversé le désert du Sahara, la Méditerranée. Et nous devons passer cette nouvelle expérience de vie. Certains de nos amis sont morts et, grâce à Dieu, nous sommes ici. Et Dieu nous a donné ce genre de bonnes personnes.”

Solidarité en héritage

Nicolas est conscient des limites de son hospitalité, mais dans l’ensemble l’expérience de cette période confinée a été très positive. “On leur offre un toit, un peu de nourriture pour qu’ils tiennent le confinement. Parfois ils sont à 5 dans une chambre. Jusqu’à maintenant ça se passe bien, il y a des tensions de temps en temps. On essaye qu’ils ne bougent pas trop mais ce n’est pas évident, ce sont des gens qui vivent dans la rue. Mais, ce n’est pas à moi à faire la police.”

“Nous ne nous sentons pas rassurés quand nous sortons”, ajoute Petros. “Parce que la police vient, nous contrôle et essaye de nous laisser l’impression que nous ne sommes pas d’ici. Mais c’est leur travail. Nous ne devons qu’accepter ça. Mais des personnes ne se sentent pas à l’aise à la vue de réfugiés. En tant que réfugiés, nous sommes comme des mendiants. Le mendiant ne peut pas choisir. Nous essayons de nous entraider. Certains viennent du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Erythrée, d’Ethiopie, du Soudan… Il y a beaucoup de personnes ici. Nous essayons de comprendre leur culture, leur identité. Nous essayons de reconnaître ce qu’ils pensent. L’ambiance est vraiment agréable, pour le moment. Le seul problème est que nous sommes coincés, que nous sommes limités.”

Tous sont reconnaissants à la famille Jancen pour l’accueil qu’elle leur a offert. Ce sens de la solidarité, Nicolas explique l’avoir reçu en héritage de ses grands parents paternels, qui ont fui la Russie en 1917. “À ce moment-là ils ont été accueillis. Quand les Allemands sont arrivés en Ukraine, ils ont déporté ma famille maternelle et encore une fois la Belgique nous a accueillis. Mes grands parents ont travaillé dans la mine, Marcinelle, Charleroi. Pour moi c’est normal d’aider son prochain, et j’aide tout le monde. La porte est ouverte.” Elle le restera même après le confinement, car “même après, ce sera aussi tragique, des gens seront encore à la rue”.

• Nicole, Gwen, Mathieu & Andrzej

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